La pluie s’est abattue sur Lomé, drue et violente, inlassablement. Tel un torrent impétueux, elle a tout emporté sur son passage, laissant derrière elle chaos et désolation. Les quartiers de Gbadago, Agoè 2 Lions et Nukafu ont été frappés de plein fouet, subissant la fureur de la nature. Les rues se sont transformées en ruisseaux, les maisons en bateaux, naviguant sur une mer incertaine, dangereuse. Les habitants, tels des naufragés, ont dû se réfugier sur les toits, attendant que l’eau se retire.

Des cris de désespoir se sont élevés, mêlés aux bruits des éléments déchaînés. Des voix se sont élevées pour demander de l’aide, pour appeler à la solidarité, pour que chacun prête main forte à son voisin dans ce moment de détresse. Les secours sont arrivés, bravant les dangers, les pieds dans l’eau, pour porter secours à ceux qui en avaient besoin. Les habitants se sont réunis, aidant les uns et les autres, oubliant les différences, pour faire face ensemble à cette catastrophe.

Les images diffusées sur les réseaux sociaux ont montré toute l’ampleur de la catastrophe, laissant sans voix ceux qui ont assisté impuissants à cette déferlante, qui a tout emporté sur son passage. Mais malgré la désolation, malgré la tristesse, une note d’espoir a résonné. Celle de la solidarité, celle de l’entraide, celle de la fraternité. Car si l’eau a tout balayé sur son passage, elle n’a pas réussi à éteindre l’humanité qui résidait dans les cœurs des Togolais. Et c’est cette humanité-là, cette force incroyable, qui permettra aux quartiers touchés de se relever de ce drame, plus forte, plus solide, plus soudée que jamais.

Certaines images ont été diffusées sur les réseaux sociaux provoquant indignation, révolte et désespoir de tout un chacun, mais il existe des tragédies plus coriaces que personne ne saura jamais. D’une tradégie à une réalité, il n’existe parfois que l’histoire d’une innocence brutalisée qui porte le prénom Kodjo…
Kodjo est un élève fort brillant en classe de 3e qui s’apprêtait avec la plus grande des déterminations à arracher son brevet avec brio. Il réside dans un modeste habitacle avec ses parents déjà usés par le temps et représente autant leur plus grande fierté que leur plus bel espoir. La veille, il faisait très chaud et il a demandé à dame nature de rafraîchir sa nuit avec quelques gouttes de son eau bienfaisante qui, au contact du sol, lui assurerait un sommeil doux et paisible. Il ne s’attendait pas à devenir victime d’un couteau à double tranchant. C’est à l’aube que Kodjo fut réveillé par une sensation étrange d’humidité qui s’amplifiait. Il lui fallut un instant pour réaliser que l’eau avait non seulement pris possession de sa maison, mais avait également emporté tous ses cours et toutes ses notes à quelque jours seulement de son examen. En l’espace d’une nuit, Kodjo a tout perdu.


Se refusant à toute résignation, notre jeune ami se mit à chercher la cause de son désormais cauchemar quand il découvrit les bons vieux changements climatiques dont lui avait vaguement parlé son professeur mais dont il ne s’est pas tant que ça soucié. Pour lui, le débordement des rivières ne le concernaient pas puisque de toutes façons il habite la grande ville. Pour lui, la logique voudrait que l’on coupe les arbres pour pouvoir construire de plus belles et grandes maisons comme il en a toujours rêvé et comme celle du voisin d’en face. Et la mer, elle s’étend mais c’est juste à Aného, il n’a rien à craindre! Il n’était pas préparé à voir le revers de la médaille qui emporterait ses cours, détruirait les récoltes de ses parents et le plongerait dans un désarroi sans précédent. A la base, il voulait simplement passer une belle nuit.
Les changements climatiques, causés par notre inconscience collective, ont petit à petit transformé les éléments de la nature en de véritables fléaux, incontrôlables et imprévisibles. La pluie qui, jadis, était source de vie et de nourriture, est aujourd’hui devenue une menace permanente, une épée de Damoclès pendue au-dessus de nos têtes.

Les rues, encombrées de détritus et de gravats, sont totalement impraticables, laissant les habitants prisonniers de leur propre quartier. Les commerces, souvent situés au rez-de-chaussée des immeubles, ont été ravagés par les eaux et la boue, ruinant les rares commerçants qui tentaient de survivre.

C’est notre responsabilité à tous, en tant que citoyens du monde, pour ne pas laisser notre planète sombrer sous les flots capricieux et imprévisibles de la nature. Le changement, avant d’être collectif, est d’abord une histoire personnelle.
Gilles Lawson & KAMF